laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Les mots de Jules Verne

ROMAN1,
subst. masc.


ROMAN1, subst. masc.
A. HIST. DE LA LITT. [Au Moy. Âge] Long récit écrit en roman ou en ancien français, d’abord en vers (notamment en octosyllabes à rimes plates), puis en prose, contant les aventures fabuleuses, galantes ou grotesques de héros mythiques, idéalisés ou caricaturés. Roman allégorique, antique, épique, satirique. Autant la philosophie répudie et rebute les aventures merveilleuses, autant l’ignorance et la superstition les saisissent avidement. De là cette affluence et ce succès universel des romans du Xe et du XIe siècle (MARMONTEL,

Essai sur rom., 1799, p. 296). V. accouplement ex. 18, mention
ex. 1 :

1. Le Brut de
Wace ouvre la série des romans de la Table-Ronde (...) ; parmi ceux du
cycle de Charlemagne (...), la Chanson de Roland (...). Il se rédigeait
de plus toutes sortes de romans en vers, tels que Godefroi de
Bouillon
et le poème souvent cité d’Alexandre : c’étaient de
longs récits platement rimés.

SAINTE-BEUVE, Tabl. poés.
fr.,
1828, pp. 5-6.

Roman courtois. V. courtois
A 2 b p. ext. Jadis, on payait pour faire nommer un ancêtre dans une
chanson de geste ; maintenant, on se tenait pour honoré d’avoir paru dans une
joute et d’être nommé dans un roman courtois
(FARAL,

Vie temps st Louis, 1942, p. 61).
Roman de chevalerie ou roman
chevaleresque.
V. chevalerie A. Ridicule pour ridicule, j’aimais
mieux celui des romans chevaleresques qui exigeaient dix ans d’exploits,
d’aventures lointaines, de combats contre les dragons, les géants
(MICHELET,
Journal, 1844, p. 572).

B. LITT. [Á l’époque
mod. ou contemp.]
1. Œuvre littéraire en prose d’une certaine longueur, mêlant le réel
et l’imaginaire, et qui, dans sa forme la plus traditionnelle, cherche à
susciter l’intérêt, le plaisir du lecteur en racontant le destin d’un héros
principal, une intrigue entre plusieurs personnages, présentés dans leur
psychologie, leurs passions, leurs aventures, leur milieu social, sur un arrière-fond
moral, métaphysique ; genre littéraire regroupant toutes les variétés de
ces œuvres, particulièrement florissant au XIXe
s. Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il
reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers
(STENDHAL,

Rouge et Noir, 1830, p. 357). On trouve toujours dans un roman un
centre de perspective, (...) un sujet pensant principal, (...) quelque
personnage auquel le lecteur s’identifie (...) ; c’est toujours le tableau
d’une vie intérieure (...), c’est le conflit d’un personnage romanesque avec
des choses et des hommes qu’il découvre en perspective à mesure qu’il avance
(ALAIN, Beaux-arts, 1920, pp. 325-326). Le
roman peut (...) admettre (...) non seulement portraits, paysages, et ce qu’on
nomme « psychologie », mais encore toute sorte de pensées, allusions à
toutes les connaissances. Il peut agiter, compulser tout l’esprit. C’est en
quoi le roman se rapproche formellement du rêve
(VALÉRY,
Variété [I], 1924, p. 170).

SYNT. Roman contemporain, traditionnel ; roman intitulé (...) ; roman
porté à l’écran ; roman célèbre, à la mode, à succès ; roman en (x)
volumes ; beau, bon, gros, interminable, long, mauvais, meilleurs, petit
roman(s) ; dernier(s), premier, vieux roman(s) ; roman de jeunesse ; faiseur,
lecteurs, grand liseur de romans ; auteur, héroïne, héros, personnage du
roman ; idée, intérêt, titre de/du roman ; chapitre, commencement, début,
fin, pages, partie, phrase, plan, scène, suite de/des/du roman(s) ; lecture
des/du roman(s) ; art, conception du roman ; le roman paraît ; composer, écrire,
faire, publier un/des roman(s) ; aimer le(s) roman(s) ; lire trop de romans.
Expr. [Pour
souligner l’écart ou la similitude entre réel et imaginaire] Il n’y a que
dans les romans que (...)
. Cela n’arrive/n’existe que dans les romans.
Un séducteur devenu lucide ne changera pas pour autant (...). Il n’y a que
dans les romans qu’on change d’état ou qu’on devient meilleur
(CAMUS,
Sisyphe, 1942, p. 100). (C’est) comme dans les romans. Aimée ! On le
lui disait en termes brûlants, passionnés comme dans les romans. Elle se pâmait
(...) son âme s’ébattait dans les espaces éthérés, sublimes, pressentis
en ses rêves
(REIDER, Mlle Vallantin,
1862, p. 83). La vie n’est pas un roman. Les grandes personnes ne
partageaient pas nos jeux ni nos plaisirs. Je n’en connaissais aucune qui parût
beaucoup s’amuser sur terre : la vie n’est pas gaie, la vie n’est pas un roman
déclaraient-elles en chœur
(BEAUVOIR, Mém. j.
fille,
1958, p. 105).

2. Genre littéraire regroupant une variété particulière de ces œuvres.
Roman américain, russe ; roman classique, didactique, politique, satirique ;
roman à l’eau de rose. Les Allemands comme les Anglais sont très-féconds en
romans qui peignent la vie domestique. La peinture des mœurs est plus élégante
dans les romans anglais ; elle a plus de diversité dans les romans allemands
(STAËL,
Allemagne, t. 3, 1810, p. 246). La scène culminante doit être placée
à la fin, dans un roman composé à la française, c’est-à-dire (...)
avec
logique, (...) les romans français, à l’instar des âmes chrétiennes,
gardent la possibilité de se sauver
in extremis (MONTHERL.,
Pitié femmes, 1936, p. 1133). V. jeune ex. 5.

Roman autobiographique. Roman
qui décrit la vie de l’auteur. La peinture que, dans son roman
autobiographique,
Anton Reiser, il a laissée du monde de petits
artisans où il naquit, des collèges où il souffrit
(BÉGUIN,
Âme romant., 1939, p. 21).
Roman catholique. ,,Celui
qui, non seulement est convenable, mais, sans être nécessairement roman à
thèse, propage les idées catholiques, s’inspire de l’idéal de la religion
catholique`` (MARCEL 1938). Les deux formes (...)
d’un roman catholique original sont les études (...) de prêtres tourmentés
par Bernanos (...) et ces drames de la conscience religieuse aux prises avec
les péchés de la chair, de la haine et de l’avarice qui font le sujet des
romans de François Mauriac
(Art et litt., 1936, p. 38-6).

Roman épique. Roman qui évoque
l’épopée par ses personnages héroïques, ses vastes tableaux de la nature,
etc. Roman épique de Hugo, où tout est grandiose parce que tout
personnage y devient un type
(BOURGET, Nouv.
Essais psychol.,
1885, p. 161).
Roman épistolaire/par lettres. V.
lettre III A 2 b et ex. de Staël ; v. aussi THIBAUDET, Hist.
litt. fr.,
1936, p. 451.

Roman fantastique. V. fantastique
B 3 a et ex. de Green.
Roman historique. V. historique
I A 1 c et ex. de Chateaubriand.
Roman humoristique. V. humoristique
II B domaine littér., artist. Ils tâtèrent des romans humoristiques,
tels que le
Voyage autour de ma chambre, par Xavier de Maistre (...).
Dans ce genre de livres, on doit interrompre la narration pour parler de son
chien, de ses pantoufles ou de sa maîtresse
(FLAUB.,

Bouvard, t. 2, 1880, p. 4).
Roman intime/intimiste. V. intime
I B 3 et ex. de Vigny.
Roman mondain. Roman qui dépeint
le grand monde. Les vrais romans mondains du XVIIe siècle ce
sont le
Cyrus et la Clélie. On trouverait dans de vrais romans
de femmes du monde comme (...) Gyp cette allure de liberté naturelle
(THIBAUDET,

Réflex. litt., 1936, p. 197).
Roman naturaliste/réaliste. V.
naturaliste III B hist. litt. et ex. de Zola, Lemaître et picaresque
ex. de Civilis. écr.
Roman noir/d’épouvante. V.
noir I B 1 en partic. Les épisodes et le style même du roman noir
servent à bâtir le monde de Lautréamont
(BRASILLACH,

Corneille, 1938, p. 305).
Roman pastoral. V. pastoral
I A 2 et ex. de Sand. La Diane de Montemayor enfin inspira l’Astrée
d’Honoré d’Urfé (1610), et dès lors le genre du roman pastoral fut créé
en France
(SAINTE-BEUVE, Tabl.
poés. fr.
, 1828, p. 278).

Roman paysan. Roman qui dépeint
le monde paysan. Ces pays si profondément paysans et qui ne doivent
d’avoir survécu (...) qu’à l’obstination avec laquelle ils se sont accrochés
à « leur » sol, (...) n’avaient (...) pas produit de roman paysan
absolument convaincant
(Arts et litt., 1936, p. 52-5).
Roman personnel. Roman qui
s’inspire de la vie de l’auteur en la transposant plus ou moins. Le roman
personnel, c’est-à-dire l’autobiographie transposée, est, depuis Rousseau,
une vieille tradition de notre littérature. (...) le petit écrivain raconte
sa petite vie, celle de son bureau, de son bataillon, de son école, de ses
restaurants, de ses maîtresses
(THIBAUDET, Hist.
litt. fr.,
1936, p. 426).

Roman philosophique. V. philosophique
I B 3 a et ex. 8.
Roman picaresque. V. picaresque
B 1 ex. de Romains.
Roman poétique. Roman au
style imagé et qui donne une large part à la poésie de la nature, à la
fantaisie, au rêve. Si (...) on y emploie un style vif, élégant,
nombreux, riche en images, (...) ce sera un poëme en prose, (...) un roman poétique
comparable aux plus beaux poëmes. Tel serait Télémaque
(MARMONTEL,

Essai sur rom., 1799, p. 347).
Roman policier. V. policier
I B et ex. 2.
Roman populaire/populiste. Roman
dépeignant la vie du peuple et lu par un large public. Les romans
populaires ennuient (...) les gens du peuple (...). On cherche à se dépayser
en lisant, et les ouvriers sont aussi curieux des princes que les princes des
ouvriers
(PROUST, Temps retr., 1922, p.
888). Excellents tableaux de la vie petite bourgeoise et populaire de Paris
avec (...) Antonine Coulet-Teissier
Chambre à louer qui a consacré le
nom et le genre en fondant le prix du roman populiste
(Arts et litt., 1936,
p. 38-7).

Roman précieux. Roman qui présente
des personnages idéalisés, des sentiments raffinés, un style recherché à
la mode dans la première moitié du XVIIe
s. Ce monde poétique qu’ils [les personnages de Corneille] créent,
est le monde galant des romans précieux
(BRASILLACH,

Corneille, 1938p. 106).
Roman psychologique. V. psychologique
C et psychologie B 3 b ex. de Goncourt.
Roman régionaliste. Roman
qui reproduit l’atmosphère, les coutumes, le langage d’une région. Le
roman de pays (...) a fini par prendre les noms disgracieux de régional ou de
régionaliste (...). Les pays qui les auraient fournis en plus grande
abondance seraient le Quercy, avec (...) Cladel, (...) la Bourgogne avec le
Nono
de Roupnel, le Bourbonnais avec la Vie d’un Simple de Guillaumin (THIBAUDET,

Hist. litt. fr., 1936, p. 450).

Roman unanimiste. Roman qui décrit la vie d’un groupe, l’esprit d’une collectivité. Une technique de roman qu’il faut bien nommer « unanimiste », (...) d’origine française (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. XIV).

Nouveau roman. Tendance littéraire du début
de la 2e moitié du XXe s.,
regroupant des romanciers tels que N. Sarraute, S. Beckett, A. Robbe-Grillet,
M. Butor, Cl. Simon et qui refuse la linéarité narrative, la psychologie, le
didactisme, l’engagement du roman traditionnel, cherchant à exprimer avec
neutralité la réalité d’un monde objectif ou intérieur dénué de finalité,
se caractérisant surtout par une réflexion, des recherches sur l’écriture :

2. Charte du Nouveau Roman
telle que la rumeur publique la colporte : 1) Le Nouveau Roman a
codifié les lois du roman futur. 2) Le Nouveau Roman a
fait table rase du passé. 3) Le Nouveau Roman veut chasser
l’homme du monde. 4) Le Nouveau Roman vise à la parfaite
objectivité. (...) il serait plus raisonnable de dire : LE NOUVEAU ROMAN
N’EST PAS UNE THÉORIE, C’EST UNE RECHERCHE...

ROBBE-GRILLET, Pour nouv.
rom.,
1963 [1961], p. 144.

Roman à clé. V. clef III C 3.

Roman à thèse. Roman qui cherche à
illustrer une théorie, des idées. Le roman à thèse, l’œuvre qui
prouve, la plus haïssable de toutes, est celle qui le plus souvent s’inspire
d’une pensée
satisfaite (CAMUS, Sisyphe, 1942,
p. 156).
Roman d’amour. Roman dont l’intérêt
principal réside dans l’intrigue sentimentale. Ils furent considérés
dans tout le pays, vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants. Voilà
comment finissent tous les romans d’amour
(BALZAC, Goriot,
1835, p. 205).

Roman d’analyse/analyste. Roman qui étudie
essentiellement la psychologie des personnages. Un interminable monologue
commence, (...) pensé, comme il convient dans un roman d’analyse, et
comprenant l’infini détail d’une vaste association d’idées
(BOURGET,
Essais psychol., 1883, p. 225). Roman psychologique et analyste,
scrutant l’inconscient et le caché
(Arts et litt., 1936, p. 50-1).
Roman d’anticipation, de science fiction. V.
anticipation B 2 crit. Dans son roman d’anticipation (...), O
Stapledon imagine pour des centaines de millions d’années, l’avenir de
l’homme (...). Par des procédés savants (...), l’homme de la troisième espèce
s’efforce de créer des cerveaux géants
(RUYER, Cybern.,
1954, p. 32).

Roman d’aventures. V. aventure B 1 b
litt. mod. et ex. 25.
Roman de cape et d’épée. V. cape1
A 1 a et ex. 1, 2.

Roman d’espionnage. Roman ayant pour
principal ressort des activités d’espionnage. C’est lui [Eric
Ambler
] l’inventeur du roman d’espionnage « cool » (...). Pas
de courses de voitures. Une énigme à résoudre. Des personnages, comme des
pièces sur l’échiquier
(Le Point, 1er mai 1978, p.
104, col. 2). V. espionnage A ex. de Vailland.

Roman de guerre. Roman qui prend la guerre
pour thème, qui relate des épisodes de guerre. Si les premiers romans de
guerre traduisaient l’horreur et l’inutilité de la guerre, peu à peu un
romantisme se réveillait (...). À force d’en faire de la littérature, l’époque
tragique retrouvait son aspect héroïque
(Arts et litt., 1936, p.
48-5).
Roman d’imagination. V. imagination I
B 2 et ex. d’Alain.
Roman de mœurs. V. mœurs II B 2. On
ne devrait faire un roman de mœurs, c’est-à-dire des mémoires impersonnels,
l’histoire contemporaine
de visu, qu’à quarante ans (GONCOURT,

Ch. Demailly, 1860, p. 145).
Roman d’observation. V. observation B
1 et ex. de Goncourt, Benda et Zola.
3. P. anal., HIST. DE LA LITT. Œuvre de l’Antiquité en prose,
évoquant le roman moderne. L’Odyssée, n’est-elle pas (...) le plus
pathétique des romans ? (...). Le roman, (...) que les Grecs avaient oublié
de nommer, (...) était partout chez eux (...). La Grèce était naturellement
romancière (...) : la
Cyropédie de Xénophon était déjà un roman
qui tenait du
Télémaque (SAINTE-BEUVE,

Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 421). [Pétrone] décrivait la
vie journalière de Rome, racontait dans les alertes petits chapitres du
Satyricon,
les mœurs de son époque (...). Ce roman réaliste (...) dépeignant (...)
les vices d’une civilisation décrépite, (...) poignait Des Esseintes
(HUYSMANS,
À rebours, 1884, p. 41).
C. P. anal. ou au fig.

1. a) [À propos de la vie principalement] Succession d’événements
extraordinaires, d’actions plus ou moins remarquables, évoquant les péripéties
d’un roman. Il a tant vu le monde ! Sa vie est un roman. C’est lui dont
l’aventure, à Londres, fit du bruit
(COURIER, Pamphlets
pol.,
Au réd. « Censeur », 1819, p. 29). Je ne puis m’empêcher d’être
frappé de ce continuel roman de ma vie. Que de destinées manquées !
(CHATEAUBR.,
Mém., t. 3, 1848, p. 72). V. folie B 1 ex. de Chênedollé.

Loc. adj. De roman. Qui est
pittoresque, recherché, exalté, sentimental, etc. comme dans les romans. Peuples
asservis (...) aux yeux de qui cet ardent amour de la liberté est une passion
chimérique, une vertu de roman
(CHÉNIER, Épîtres,
1794, p. 198). J’ai dû dire de fort belles choses et très délicates
sur ce grand sujet, et me montrer fort sentimental ; car l’Empereur (...) m’a
dit ne rien comprendre à mon verbiage de roman
(LAS
CASES,
Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 203).

Héros, héroïne de roman. V. héros, héroïne1
II B 1 au fig. et ex. de Rostand. Personnage de roman. Même sens. Notre
vie est un livre qui s’écrit tout seul (...). Nous sommes des personnages de
roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur
(GREEN,
Journal, 1949, p. 283).

b) Aventure amoureuse, tendre inclination, partagée ou non. Roman
naïf ; triste roman. Cette passion sérieuse (...) n’était qu’une surprise
des sens au milieu d’une fantaisie d’esprit, un roman commencé avec l’étourderie
d’une pensionnaire, soutenu au milieu des délires d’un amour sans frein
(SAND,
Compagn. Tour de Fr., t. 2, 1869 [1840], p. 186). Je possède ce
bonheur si rare : un grand amour. J’ai passé ma vie à appeler le « 
romanesque », à souhaiter un roman réussi ; je l’ai et je n’en veux pas.
J’aime Isabelle et j’éprouve auprès d’elle un tendre mais invincible ennui
(MAUROIS,
Climats, 1928, p. 187).

Loc. verb. [Prob. p. allus. aux
Précieuses ridicules de Molière, scène 4] Prendre le roman par la
queue.
Commencer par le mariage (au contraire des romans d’amour qui se
terminent généralement par un mariage) ou vivre maritalement avant le
mariage ; commencer par la conclusion. (Dict. XIXe
et XXe s.).

c) Personne, chose qui évoque un roman par son caractère aventureux,
sentimental, sa psychologie secrète, sa poésie, etc. J’ai compris qu’au
milieu de toutes ces intrigues, il serait bien difficile à votre femme de ne
pas en rencontrer une (...) qu’il lui fallait un roman, pour éviter une chute
(...) et j’ai été ce roman (...) roman plein de réserve, de tact, de mesure
(LABICHE, Mari lance sa femme, 1864, III,
11, p. 487). Si le peintre est Rembrandt, il répand sur la nature
la plus vulgaire une lueur mystérieuse, qui est à elle seule une poésie, un
roman de lumière
(Ch. BLANC, Gramm. arts
dessin,
1876, p. 614).

2. Péjoratif
a) Discours mensonger, invraisemblable ; thèse, allégation avancée
sans preuve. Synon. fable, fabulation, fiction. C’est un exposé impie,
(...) c’est un roman, (...) un tissu de conjectures dressées avec art, mais
sans fondement
(VOLNEY, Ruines, 1791, p.
315). À ces affirmations si nettes que répondent les journaux de l’état-major ?
« Pur roman, plus invraisemblable encore que faux, documents imaginaires »
(CLEMENCEAU,

Iniquité, 1899, p. 424).
Loc. verb., fam.
Faire du/des roman(s), raconter des romans.
Tenir des propos exagérés, raconter quelque chose en déformant la réalité
des faits. Synon. fam. raconter des boniments. Voilà tout ce qui me reste
d’un bonheur divin. Je mentirais et ferais du roman si j’entreprenais de le détailler
(STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 492).

Faire un roman de qqc., en faire un roman. Donner
une importance exagérée à quelque chose en dissertant sur ce sujet trop
longuement, à tort et à travers. Synon. fam. en faire une histoire/un
plat
(v. plat2). Il l’a loupé [en tirant sur
lui
]. C’est le principal, non ? (...) En fais pas un roman (LE
BRETON,
Rififi, 1953, p. 89).

C’est du roman. C’est un récit
invraisemblable. Quand il [Renan] arrive à Marc-Aurèle,
c’est bon (...). Mais son
Jésus et autres, c’est du roman. Strauss a
bien établi que Jésus n’a pas existé (...). Nous n’avons rien sur Jésus
que de cent ans après. Jean est un pur roman néo-platonicien
(BARRÈS,
Cahiers, t. 3, 1902, p. 16).

b) Ensemble d’idées fausses, de représentations imaginaires sans
grand rapport avec la réalité. Synon. chimère, illusion, imagination, rêve,
utopie. Imaginer un roman. En me parlant (...) des familles de ses élèves,
il lui venait une abondance de détails supposés, d’intrigues imaginaires
qu’elle inventait en dépit de tout. Si calme, elle voyait toujours le roman
autour d’elle, et sa vie se passait en combinaisons dramatiques
(A. DAUDET,
Femmes d’artistes, 1874, p. 201). L’intraversion excessive
menace de se développer (...) en délectations compliquées et en rêveries
stériles : des romans imaginaires empoisonnent le sentiment joyeux de la vie
quotidienne
(MOUNIER, Traité caract., 1946,
p. 334).
Loc. verb. Bâtir des romans. S’imaginer
des choses erronées, inventer des hypothèses peu fondées. Il ne peut
s’empêcher de bâtir des romans, des fables, des légendes
(DUHAMEL,

Passion J. Pasquier, 1945, p. 122).
3. PSYCHANAL. Roman familial (notamment ds FREUD,
Le Roman familial des névrosés, 1909). Fantasme courant chez l’enfant
(pathologique chez l’adulte) et par lequel il s’imagine appartenir à une
famille plus prestigieuse que la sienne, par réaction contre des parents dédaignés,
en relation avec le complexe d’Œdipe. Il est rare que l’enfant raconte son
« roman familial » autour de lui, et (...) qu’il le vive. Mélanie Klein
rapporte pourtant le cas de son petit garçon de cinq ans, qui décida d’aller
vivre chez ses voisins, parce qu’il était convaincu d’être un enfant trouvé
dont les vrais parents étaient précisément ces gens étrangers,
probablement plus représentatifs et plus aimants à ses yeux
(M. ROBERT,
Roman des orig. et orig. du roman, 1972, p. 198).

REM. 1. Romancie, subst. fém., vx. Art d’écrire des romans, création
romanesque. Laisse-moi donc partir pour l’aventure littéraire, pour le beau
pays de romancie, sans m’inquiéter du cheval qui m’y portera (SAND,
M. Sylvestre, 1866, p. 21). 2. Romantiser, verbe. a) Empl.
trans.
Donner un caractère de roman à, transformer en roman (supra B).
Synon. romancer. On s’est trop accoutumé de nos jours, sur la foi
d’historiens qui énervent et
romantisent l’histoire, à traiter ces
hommes de terreur et de haine
[Saint-Just], comme des
semblables, comme des humains
(SAINTE-BEUVE,

Caus. lundi, t. 14, 1861, p. 54, note 1). b) Empl. intrans. Faire
du roman (supra C 2), donner libre cours à son imagination. Il ne
faut pas que je romantise sur des souvenirs démantelés, pour manquer ensuite
d’imagination devant les forces vivantes
(BARRÈS, Pays
Lev.,
t. 1, 1923, p. 302).
Prononc. et Orth. : [].
Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1125 ronmanz
« langue vulgaire (du Nord de la France) » (Grant mal fist Adam, éd.
W. Suchier, 118 : Por icels enfanz Le [le sermon] fiz en ronmanz Qui ne
sunt letrez) ; 1130-40 (WACE, Vie Ste Marguerite, éd.
E. A. Francis, ms. M, 741 : ce dit Grace [Wace], Qui de latin en romans mist
Ce que Theodimus escrist) ; fin XIIe s. roman
(Floovant, éd. S. Andolf, 1424 : Vous me sanblez François au
parler lo roman) ; 2. 1155 « œuvre narrative d’une certaine
longueur, écrite d’abord en vers, puis en prose (au Moyen Âge, écrite en
langue vulgaire p. oppos. au latin) » (WACE, Brut, éd.
I. Arnold, 3823 : Co testimonie et ço recorde Ki cest romanz fist,
maistre Wace) ; 1188 romant (AIMON DE VARENNES, Florimont,
9 ds T.-L.) ; 1225-30 (GUILLAUME DE LORRIS, Rose,
éd. F. Lecoy, 37 : E se nule ne nus demande Comant je veil que li romanz
Soit apelez que je comanz, Ce est li Romanz de la Rose, Ou l’art d’Amors
est tote enclose) ; 2e moit. XIIIe

s. (Des deux bordeors ribauz ds MONTAIGLON et RAYNAUD,
Rec. fabl., t. 1, p. 4 : Ge sai des romanz d’aventure, De
cels de la réonde Table, Qui sont à oïr delitable) ; 3. 1652 « tissu
d’allégations mensongères ou sans fondement » (GUEZ DE
BALZAC,
Socrate chrestien, 4e disc. ds Œuvres, éd.
1665, t. 2, p. 220) ; 1656 « récit invraisemblable » (LORET,
Muze histor., 17 juin ds LIVET Molière) ;
4. 1659 « aventure amoureuse passionnée » (MOLIÈRE,
Les Précieuses ridicules, scène 4, éd. R. Bray, p. 258). Du
lat. médiév. romanice, adv. signifiant « en langue vulgaire »
(c’est-à-dire en gallo-roman) p. oppos. au lat., att. dep. le XIe

s. (ds DU CANGE), dér. de romanus « Romain »
qui avait pris dans la Loi Salique le sens de Gallo-roman p. oppos. à Franc
Salien (v. J. BALON, Traité de Droit Salique, lexique,
t. 4 et t. 1, p. 216 sqq.). Dans romanz, s a été pris pour la marque
du cas-sujet sur lequel on a refait un cas-régime romant, d’où roman
par chute de la cons. finale. Voir FEW t. 10, p. 454b. Bbg. COULET.
Le Roman jusqu’à la Révolution. Paris, 1967, t. 1, pp. 19-29.

DARM. 1877, p. 218 (s.v. romantiser).
LALOU (R.). Le Roman fr. depuis 1900 . Paris,
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